Oser la « flânerie » grâce au BEIT PROJECT ?

Oser la "flânerie" grâce au Beit Project ?

Dare to "stroll" with the Beit Project ?

Le BEIT PROJECT associe le patrimoine historique à la lutte contre le racisme, l’exclusion sociale et les discriminations. Cette phrase introduit le site internet du projet. Suite au premier BEIT que j’ai coordonné dans le quartier européen de Bruxelles en octobre dernier, j’aimerais proposer un autre angle au projet : Le BEIT PROJECT, c’est également oser ralentir dans la ville.

Car il me paraît loin le temps où l’on prenait le temps. Je dis « paraît » car je suis jeune et je n’ai pas vécu ce temps-là. Je parle donc ici de mes intuitions. Mais pas besoin d’être trop âgé pour comprendre et évoquer un temps où les individus réalisaient une chose à la fois, où les activités se vivaient sans changements intempestifs. Un temps où l’on se promenait dans la rue, libre, de ses pas et de ses pensées, sans sollicitation de la machine. Un temps où l’on vivait une interaction sociale, ensuite une autre, et où les conversations ne se menaient pas en pointillés.

Souvent l’humble promenade du piéton quel que soi son âge est jugée ennuyeuse au regard des modes de transport plus rapide et plus spectaculaires comme les trains, les avions et les automobiles. Se promener sans but, c’est observer en se gardant de toute intrusion, avoir un pas lent, être heureux en compagnie de son propre esprit, se promener détaché sage joyeux divin, être libre.

Dans nos villes, la plupart des gens marchent dans les rues en ne profitant pas de leur promenade. Ils utilisent leurs jambes pour aller d’un point A à un point B. Il n’est pas vraiment question de s’amuser. Leur marche a un but : aller d’une maison à une école, d’une station de métro au bureau, de l’arrêt de bus à l’usine, du marchand de sandwichs à la banque, de la banque au cinéma. Ce qui compte, c’est le but à atteindre. Dans ce genre de marche, nous avons du mal à nous abandonner à l’instant présent. Nous fonçons la tête baissée, le regard fixé sur le trottoir. Des torrents de pensées anxieuses assaillent notre esprit : les choses à faire, les choses non faites, les engagements, non tenus. Affairés, importants, totalement absorbés par les tâches à accomplir et les lieux à rejoindre – nous cédons à la frénésie.

Il est pourtant très facile d’adopter cette triste allure pressée devenue la norme dans les villes. Marcher pour le plaisir semble être réservé aux week-end et aux vacances.

Le temps de cet édito, je souhaite volontairement jouer un peu la carte de l’exagération. Et dans cette optique, je dirai que dans le BEIT PROJET, nous invitons les jeunes à flâner. Par flâneur, j’entends le terme qu’on pouvait utilisé dans la littérature du XIXe siècle qui désignait un élégant gentilhomme déambulant sous les arcades parisiennes, observant, attendant, musardant. Beau cliché, mais qui me parle. En effet, la première chose que l’on demande aux jeunes qui participent au BEIT PROJECT, c’est de ralentir, observer l’espace qui les entoure, de s’écouter pour voir vers quoi cela peut les amener. De flâner en quelque sorte.

Pourtant aujourd’hui, la marche lente peut sembler une perte de temps à l’homme pressé, mais pour un esprit créatif, c’est une activité féconde car lorsqu’il déambule, le flâneur pense et les idées viennent. C’est en flânant que les jeunes aperçoivent soudain par exemple des traces de main à la peinture rouge sur un mur, des autocollants sur des poteaux témoignant de revendications diverses ou divers tags, …

Et finalement, et c’était en octobre passé, quelle belle chose de ralentir dans un quartier tel que le quartier européen fréquenté majoritairement par des bureaucrates souvent pressés. En ralentissant, les jeunes ont posé un acte fort. Ils ont dérangé en quelque sorte les gens pressés. Car souvent, nos trottoirs étroits ne sont pas faits pour nous promener à l’allure d’un escargot, ils sont conçus pour un déplacement rapide sans récréation possible.

Ralentir pourrait donc être en sorte un acte de rébellion.

Ralentir dans la ville pour chercher des traces dans l’espace public, c’est aussi essayer d’ouvrir les yeux différemment sur un quartier qui semble ne plus nous appartenir. C’est comme franchir le seuil de notre porte comme si nous venions d’arriver dans un pays inconnu, pour redécouvrir le monde dans lequel on vivait déjà. Commencer la journée comme si on venait de débarquer d’un bateau venant d’un autre pays et comme si nous n’avions jamais vu Bruxelles ou les Bruxellois. Voilà comment se révèle l’humanité devant nous, souvent inconnue jusqu’à présent.

Enfin, c’est ralentir pour se mettre dans la peau d’un enquêteur, un enquêteur à la recherche d’histoires. Et pour enquêter, obliger de flâner un peu. Le détective Sherlock Holmes semble être pour moi la grande figure du paresseux, observant, pensant, déambulant. Comme le poète, le détective réalise son travail en marchant et étant assis. D’ailleurs ne disait pas t-il à son ami Watson : « que diriez-vous d’une promenade dans Londres » ?

J’aime voir le BEIT Project de cette manière. Et j’aimerais pouvoir dire aux jeunes : osez la flânerie dans les villes pour y rencontrer l’autre, l’histoire, les fantômes du passé et surtout vous-même.

 

Informations sur la session :

Session de Janvier : Du 6 janvier 2019 au 31 janvier 2019

Ecoles participantes : Athénée Royal de Koekelberg, Institut de Mot Couvreur, Ecole Singelijn Second’air, Institut Charles Gheude, Institut Saint-Dominique, Ecole communal 8 de Schaerbeek, école primaire d’Heembeek.

Quartier étudié : Quartier des Marolles à Bruxelles, quartier de brics et de brol, populaire pour les uns, totalement gentrifié pour les autres. Quartier en tout cas rempli d’histoires. C’est le quartier du parler vrai, du brusselleer et de la zwanse.

Le quartier des Marolles a toujours accueilli les habitants les plus défavorisés de la capitale mais aussi les plus épris de liberté. C’est également dans les Marolles qu’éclatent les premières luttes urbaines pour une rénovation respectueuse du tissu urbain et social. C’est aussi là que se concentrait une partie de l’immigration juive ce qui a tragiquement mené à de nombreuses rafles pendant la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui encore ce quartier bruxellois est habité par des artisans, des travailleurs allochtones et des personnes âgées. Plus d’un tiers des habitations sont des logements sociaux.

 

Paul-Emile, coordinateur local Bruxelles

 

The BEIT PROJECT combines historical heritage with the fight against racism, social exclusion and discrimination. This sentence introduces the project on its website. Following the first BEIT that I coordinated in the European quarter of Brussels last October, I would like to propose another approach to the project: The BEIT PROJECT is also about daring to slow down in the city.

Because it seems far away to me the days when we took our time. I say “appears” because I am young and I did not live in those days. So I’m talking about my intuitions here. But you don’t need to be too old to understand and evoke a time when people were doing one thing at a time, when activities were being carried out without any untimely changes. A time when one walked in the street, free, of one’s steps and thoughts, without soliciting the machine. A time when there was one social interaction, then another, and conversations did not take place in a dotted line.

Often the humble walk of the pedestrian of any age is considered boring in view of the faster and more spectacular modes of transport such as trains, planes and cars. To walk aimlessly is to observe without intrusion, to have a gentle pace, to be happy in the company of one’s own spirit, to walk detached, joyfully wise divine, to be free.

In our cities, most people walk the streets without enjoying their walk. They use their legs to go from point A to point B. It’s not really about having fun. Their walk has a purpose: from a house to a school, from a subway station to the office, from the bus stop to the factory, from the sandwich shop to the bank, from the bank to the cinema. What matters is the goal to be reached. In this kind of walk, we find it difficult to abandon ourselves in the present moment. We go in with our heads down, our eyes fixed on the sidewalk. Torrents of anxious thoughts attack our minds: things to do, things not done, commitments, unfulfilled. Busy, important, totally absorbed in the tasks to be accomplished and the places to be reached – we give in to the frenetic.

Yet it is very easy to adopt this sad hurried pace that has become the norm in cities. Walking for pleasure seems to be reserved for weekends and holidays.

During this editorial, I would like to voluntarily play a little bit the exaggeration card. And from this perspective, I would say that in the BEIT PROJECT, we invite young people to stroll around. By stroller, I mean the term that could be used in 19th century literature to designate an elegant gentleman strolling under the Parisian arcades, observing, waiting, staring. Nice cliché, but who talks to me. Indeed, the first thing we ask young people participating in the BEIT PROJECT to do is to slow down, observe the space around them, to listen to themselves to see where it can lead them. Sort of strolling around.

Yet today, slow walking may seem like a waste of time to the man in a hurry, but for a creative mind, it is a fruitful activity because when he strolls, the stroller thinks and ideas come. It is while strolling that young people suddenly see, for example, red paint handprints on a wall, stickers on poles showing various claims or various tags,…

And finally, and it was last October, what a beautiful thing to slow down in a district such as the European quarter, which is mainly frequented by bureaucrats who are often in a hurry. By slowing down, the young people took a strong action. They kind of disturbed the people in a rush. Because often, our narrow sidewalks are not designed to walk like a snail, they are designed for fast travel without recreation.

Slowing down could therefore be a kind of act of rebellion.

Slowing down in the city to look for traces in public space is also trying to open your eyes differently to a neighborhood that no longer seems to belong to you. It’s like crossing the threshold of our door as if we had just arrived in an unknown country, to rediscover the world in which we already lived. Start the day as if you had just disembarked from a boat coming from another country and as if you had never seen Brussels or the people of Brussels. This is how humanity is revealed to us, often unknown until now.

Finally, it is slowing down to put yourself in the shoes of an investigator, an investigator in search of stories. And to investigate, to force you to stroll around a little. Detective Sherlock Holmes seems to me to be the great figure of the lazy man, observing, thinking, wandering. Like the poet, the detective does his job by walking and sitting. Besides, didn’t he say to his friend Watson: “How about a walk in London?I like to see the BEIT Project this way. And I would like to be able to tell the young people: dare to stroll around the cities to meet the other, the history, the ghosts of the past and especially yourself.

 

 

  

 

 

Session information:

January session: From 6 January 2019 to 31 January 2019

Participating schools : Athénée Royal de Koekelberg, Institut de Mot Couvreur, Ecole Singelijn Second’air, Institut Charles Gheude, Institut Saint-Dominique, Ecole communal 8 de Schaerbeek, Heembeek primary school.

District studied: Quartier des Marolles in Brussels, a district of bric-a-brac and brol, popular for some, totally gentrified for others. A neighborhood full of stories anyway. This is the district of true speech, brusselleer and zwanse.
The Marolles district has always welcomed the most disadvantaged inhabitants of the capital but also the most freedom-loving. It was also in the Marolles that the first urban struggles for a respectful renovation of the urban and social fabric broke out. It was also where part of Jewish immigration was concentrated, which tragically led to numerous roundups during the Second World War. Even today, this Brussels district is still inhabited by craftsmen, non-native workers and the elderly. More than a third of the dwellings are social housing.

 

Paul-Emile, local coordinator Brussels

The Beit Project

Creating Consciousness
Urban Heritage and European Plurality

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